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Take me (i'm yours) - L'exposition où tout doit disparaitre

  • 4 avr. 2018
  • 3 min de lecture

« Avec Take me (I’m yours) ce n’est pas la beauté des objets exposés qui compte mais la définition d’un fonctionnement différent » [1] . Cette phrase d’Hans Ulbrich Obrist, commissaire de l’exposition avec son ami Christian Boltanski, résume parfaitement l’ambition d’une telle manifestation. Take me (I’m yours) se démarque par son organisation car les œuvres présentées sont vouées à se disséminer grâce à la participation des visiteurs invités à s’emparer des objets exposés selon leur bon vouloir. La première exposition Take me (I’m yours) s’est déroulée à la Serpentine Gallery de Londres du 24 mars au 30 avril 1995. Le succès de l’exposition a permis aux deux commissaires d’exposition de voyager à travers le monde puisque l’exposition s’est rejouée dans plusieurs villes : Londres, Paris, New York, Copenhague, Buenos Aires et dernièrement au Pirelli Hangar Biocca de Milan du 1er novembre au 14 janvier 2018.

L’œuvre de Hans-Peter Feldmann

L’artiste Hans-Peter Feldmann présente une œuvre en deux parties. Dans un premier temps, l’artiste dispose sur les murs des cartes postales représentant la tour Eiffel. Les cartes postales ne sont pas identiques, mais se répètent. Elles sont placées de manière aléatoire, ainsi, certaines tours Eiffel sont orientées vers le sol. Les cartes postales sont si nombreuses que le mur en est totalement recouvert. Dans un deuxième temps, un socle rectangulaire blanc est placé dans cet espace. Hans-Peter Feldmann dispose des statuettes de tour Eiffel cette fois-ci complètement identiques. L’artiste choisi ici la représentation de la tour Eiffel, un symbole important de la France mais surtout de la ville de Paris et de son tourisme de masse. Les cartes postales ainsi que les statuettes sont à destination des touristes qui prennent possession de ces biens pour se constituer un souvenir (les statuettes) ou pour partager leurs expériences et leurs souvenirs (les cartes postales). Tous ces objets ont donc la même destination : se disperser dans le monde. Une mise en abîme est effectuée par l’artiste car tous les objets de l’exposition ont cette même finalité : la dispersion. Les objets présentés par l’artiste (tour Eiffel, cartes postales) sont d’autant plus symboliques que c’est leur but premier.


Figure 1. Photographie de l'oeuvre présentée par Hans Peter Feldmann lors de la deuxième édition de Take me (i'm yours) du 16 septembre au 8 novembre 2015 à la Monnaie de Paris.









Fig. 1 et Fig.2: Photographies de l’œuvre présentée par Hans Peter Feldmann lors de la deuxième édition de Take me (I’m yours) du 16 septembre au 8 novembre 2015 à la Monnaie de Paris.

A gauche : œuvre en début de journée – à droite : œuvre après quelques heures de visites.

Copyright : Marc Domage.


Hans Peter Feldmann reprend le principe d’accumulation pour réaliser son installation, dans la lignée de l’artiste Arman, qui utilisait ce principe d’accumulation dans ses œuvres. Le sujet de l’œuvre n’est plus l’objet, mais la quantité d’objet. Par cette accumulation l’objet devient neutre, fondu dans la masse. Arman procédait ainsi à une « addition soustractive »[2] selon Bernard Lamarche-Vadel. En effet, l’objet inclus dans une structure dans laquelle il se répète à l’infini perd toute valeur individuelle.


Le fonctionnement différent de l’exposition Take me (I’m yours)


Dans cette exposition le rapport aux œuvres d’art est bouleversé puisque le principe de ne pas toucher aux objets pour ne pas les dégrader et menacer leurs conservations est ici dépassé. L’objet acquis par le visiteur devient un objet témoin qui certifie de son passage au sein de l’exposition. Take me (I’m yours) donne le plein pouvoir aux visiteurs qui jouent un rôle important sur l’évolution de l’exposition, grâce à la relation entretenue avec les objets présentés. En s’emparant des pièces de l’œuvre, le spectateur sait qu’il prive les prochains visiteurs de contempler l’œuvre dans son intégralité, cette dernière étant vouée à évoluer dans le temps jusqu’à sa potentielle disparition en fin de journée.


Hans Obrist Ulbrich et Christian Boltanski affirment leur volonté de créer une exposition qui invente de nouvelles règles du jeu. L’exposition Take me (I’m yours) se démarque des expositions “traditionnelles” remettant en question notre rapport aux œuvres, aux objets, et le rôle du public dans les manifestations artistiques. Si nous reprenons les propos du critique d’art Nicolas Bourriaud, l’exposition s’inscrit dans un principe relationnel, incluant une dimension démocratique.[3]


Notes :


[1] Christophe BEAUX et Chiara PARISI, Take me (I’m yours), Paris, Edition Dilecta, 2015 (p.10).

[2] Bernard LAMARCHE-VADEL, Arman, Paris, édition de la différence, 1998 p.23.

[3] Nicolas BOURRIAUD, Esthétique relationnelle, Dijon, Les Presses du réel, 2002.




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