Entretien avec l'artiste multi-média Minsk, membre du collectif Art By Friends
- 16 mai 2018
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Le collectif Art By Friends est né en 2008 et prend place depuis 2014 dans un local situé à Annecy, sous l'impulsion d'un groupe d'amis-artistes désirant associer lieu de création, d'exposition et d'interaction avec le public. Parmi les artistes ayant pris place à AbF, Maximilien Minsk nous parle de sa pratique artistique caractérisée par une pluralité des médiums et par sa volonté de rendre son art accessible à tout un chacun.
B: Comment as-tu intégré puis commencé à travailler au sein du collectif Art By Friends ?
M: C'est une histoire de voisinage et d'amitié ! Je connaissais la sœur du fondateur et président du collectif, Camille Regnaudin, qui a emménagé dans l'immeuble où j'habitais. Alors que j'exerçais déjà mon activité artistique, il m'a proposé de participer à une exposition collective de peinture sur skate. J'ai tout de suite été emballé par le projet car j'avais déjà réalisé une œuvre sur longboard auparavant. Petit à petit et chemin faisant j'ai suivi le parcours de Camille et de l'ensemble des ami.e.s qui le suivaient (d'où le nom Art By Friends), pour finir par intégrer pleinement le collectif et l'association. Mon travail au Musée-Château d'Annecy a aussi permis la réalisation de ponts entre la galerie naissante et l'institution muséale. Lorsque nous avons trouvé le lieu situé avenue du Rhône, je possédais déjà mon atelier Les 2-sous-de-Minsk. J'ai donc laissé la place aux artistes qui avaient réellement besoin d'un lieu de travail. Et puis il y a bientôt deux ans la possibilité m'a été offerte d'intégrer le « club » des résidents permanents et de participer régulièrement aux expositions collectives tout en organisant des expositions personnelles.
B: Quel est ton parcours professionnel ? Est-ce que l'art a toujours fait partie de ta vie ?
M: Non et de loin, l'art n'a pas toujours fait partie de ma vie ! Je suis biochimiste de formation et j'ai réalisé mon mémoire de maîtrise dans les laboratoires de Dassault. J'étais alors un véritable petit rat de laboratoire sans lien aucun avec le monde de l'art. Comme souvent, les événements de la vie m'ont fait prendre un virage à 180° et, du jour au lendemain, j'ai décidé de tout abandonner pour m'adonner à la création.
Même si j'avais quelques sensibilités artistiques (j'ai joué de l'orgue d'église pendant des années), je n'ai jamais suivi aucun cours d'art ou de dessin. C'est donc laborieusement, solitairement et furieusement que j'ai commencé à dessiner à la mine de plomb sur papier bristol pour expulser mes « démons intérieurs ». La couleur est arrivée petit à petit, puis la feuille d'or, puis les incrustations, et tout le reste.
B: Comment décrirais-tu ta pratique artistique ?
M: C'est dans un deuxième temps, après avoir purgé mon malaise intérieur que j'ai compris l'intérêt que pouvait revêtir une démarche artistique. J'ai donc continué, mais différemment, mes recherches fondamentales. Après tout, mélanger de la couleur, la faire réagir, la sculpter, mais aussi lacer, tordre ou brûler la matière : c'est aussi une forme de chimie ! Ma pratique ne se limite donc à aucun médium en particulier. Tout est bon à prendre, des supports les plus académiques et précieux aux matériaux de récupération les plus triviaux. Chaque couleur, chaque élément revêt cependant un caractère hautement symbolique qui est le cœur de mon travail et de ma recherche. Ma démarche est élaborée quasi scientifiquement à la base, pour créer une forme d'architecture symbolique et ésotérique. C'est dans un second temps que l'émotion et les sentiments recouvrent ce squelette pour finir par donner naissance aux œuvres.

Asphodèles Kaléï, mine de plomb sur papier, œuvres de 1994 remastérisées, 2017.
B: J'ai remarqué que tu utilisais des GIF pour animer tes créations, visibles sur ton Tumblr. Quelle est la place de l'animation et de l'anamorphose dans ton travail ?
M: Je considère le GIF comme un art à part entière ! Il permet de faire le pont entre deux ou plusieurs œuvres, et parfois de découvrir des liens qu'entretiennent des œuvres séparées de plus de dix ans. C'est un outil que je découvre, avec lequel je m'amuse et crée de plus en plus.
L'animation est arrivée naturellement dans mon travail pour venir se greffer aux différents médiums que j'utilisais déjà : dessin original, en passant par la peinture, la sculpture, la broderie, l'installation et l'image numérique. Depuis longtemps j'avais le désir de mettre en mouvement mes tableaux, et des logiciels simples me permettent de les animer. Lors de ce rêve qui a changé ma vie, des milliers d'images m'ont fondu dessus, et j'essaye depuis de les réaliser.
B: Tu déclines tes créations sur un nombre important de médiums (impression sur plaques métallisées, textiles, papiers ou encore objets du quotidien). Peut-on parler d'un jeu avec le côté reproductible liée à l'impression ? En sachant qu'une œuvre d'art est traditionnellement considérée comme « unique » avec une valeur esthétique supérieure à sa valeur marchande, où te positionnes-tu dans le monde de l'art ?
M: En effet, c'est une question très actuelle au vu des avancées technologiques. J'ai effectivement une série reproduite sur du métal, née en travaillant avec des amis techniciens pour une exposition. C'était une volonté pleine et entière de ma part, mais les œuvres qui constituent cette série sont numérotées et valent comme œuvre unique. De plus, beaucoup de mes images sont réalisées en technique mixte ; je repeint et rehausse une reproduction sur papier avant de la numériser de nouveau.
Le vrai problème de la reproduction de mon travail a été soulevé avec mon entrée dans une galerie Genevoise suite à mon exposition solo à AbF, en mai 2017. Le galeriste désirait reproduire sur papier de grande qualité dix de mes images sur métal, au nombre de trois exemplaires pour chacune. J'ai donc découvert l'univers complexe de « l'unicité de l'œuvre », qui parfois ne se réduit pas à un seul exemplaire. La Société des Auteurs dans les Arts Graphiques (ADAGP), à laquelle je suis affilié, veille précautionneusement à tout cela. Pour moi, c'est l'image qui est l’œuvre et non pas l'ensemble physique qui la constitue.
B: Que penses-tu de la mercantilisation de l’œuvre et du concept de « goodies » qui tend à se développer de plus en plus aujourd'hui, dans les institutions culturelles comme chez les artistes indépendants ?
M: C'est un autre sujet beaucoup plus sensible et qui est très loin d'être réglé pour ma part. Offrir la possibilité à des personnes avec des revenus modestes de pouvoir acquérir l'image d'une œuvre qui leur plaît me tient à cœur. Étant le seul vendeur de mes œuvres, car je n'ai pas de galerie affiliée, je pratique parfois, et à la demande, des paiements sur du très long terme. Un jour il m'est arrivé de vendre un tableau à 1,200 euros sur vingt-quatre mensualités. Cette idée me plaît énormément, contrairement aux galeries ! La vente d’œuvre unique est chose rare à mon niveau. Avec l'obligation de gagner ma vie, et l'absence d'aide institutionnelle ou d'un mécénat, je ne peux donc pas dire que l'idée ne me traverse pas l'esprit d'essayer d'augmenter un peu mes revenus. Cela implique effectivement des reproductions à plus grande échelle, sous forme de posters et cartes postales qui sont vendues depuis plus de dix ans maintenant à la carterie Zazou de Bonlieu (Annecy), et avec qui j'ai effectué un partenariat suite à une exposition.
Mais il m'est impossible d'imaginer la fabrication de milliers d'exemplaires de mes images dans des contrées aux valeurs éthiques et écologiques qui ne sont pas les miennes. Ma seule alternative pour le moment est donc d'essayer de réaliser de très petites quantités d'objets, presque à la demande, de ne les faire fabriquer qu'en France et avec les techniques les moins éco-invasives possibles. Art By Friends essaye aussi de faire correspondre son engagement artistique avec une démarche éco-responsable, en privilégiant la qualité des produits et leur passage en circuits courts.
B: Tu privilégierais donc la qualité plutôt que la quantité de tes reproductions ?
M: Pour tout t'avouer j'ai un projet en Martinique qui est tout à fait dans cette problématique. J'ai réalisé une série de photos retravaillées qui pourrait très bien marcher en t-shirt et autres souvenirs. Mais se pose le souci de la fabrication et celui, éternel, de l'argent. Les foulards sont un cas particulier car j'ai créé les motifs spécifiquement pour eux. Le tissu est fabriqué à Lyon et la sublimation exécutée à Annecy par une entreprise innovante. J'ai réalisé énormément de motifs que j'aimerais beaucoup voir imprimés sur tissus. Je dirais que je vais essayer de me maintenir entre deux eaux, et pourquoi pas de pousser le processus à un niveau que l'on qualifierait aujourd'hui de « design », en conférant à de petites quantités un aspect plus qualitatif, comme de la vaisselle (voir ci-dessous l'exposition Minsklinkobsess), des coutelleries, tasses, verres, vêtements. Il s'agirait de réaliser une « ligne » plutôt qu'une série mercantile. Mais c'est un travail complexe qui nécessite énormément de réseau, de diffusion et de connaissances techniques que je n'ai pas encore.

























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